Témoignage : Un arc-en-ciel dans la brume des demandeurs d’asile.

Dans le magazine précédent (DAM n°6 - novembre 2015), j’avais sommairement relaté certaines épreuves que les demandeurs d’asile (D.A.) allaient devoir traverser suite au déchirement occasionné par leur exil. Certains d’entre eux sont de passage car ils aspirent toujours au retour vers leur pays d’origine. D’autres par contre, sont contraints pour diverses raisons de s’installer définitivement dans leur pays d’accueil. Pour ces derniers, faire partie intégrante de la société sera d’une importance capitale, ne fut-ce que pour trouver un job, se faire des amis, et pour les célibataires, pourquoi pas faire éventuellement une heureuse rencontre. Parmi les nouveaux membres de la diaspora, il en est un pour qui j’ai beaucoup d’admiration, et que je prends souvent comme exemple de bonhomme parfaitement intégré : J’ai cité mon ami Thiam, le Sénégalais.

 

Welcome Thiam !

Thiam est arrivé en Belgique le 20 juillet 2010, veille de la fête nationale, et ce après une escale de 2 jours à Paris. C’est le surlendemain qu’il se présenta à l’Office des Etrangers à Bruxelles. Heureux hasard, il y rencontra un compatriote qui de surcroit avait habité le même quartier que le sien à Dakar. Les deux nouveaux amis furent affectés ensemble au centre pour D.A. de la Croix-Rouge de Manderfeld, situé aux confins Est de la Belgique, en région germanophone. D’un naturel plutôt dynamique, les 10 premiers jours d’oisiveté furent pour Thiam particulièrement pénibles ! Heureusement, il fit connaissance de Walther, le technicien affecté à la maintenance du centre, à qui il confia son désir de se rendre utile. Ce dernier accepta l’offre et remarqua très vite en lui des qualités de travailleur incontestables. Un mois plus tard il en fit son adjoint, lui confiant la responsabilité de divers travaux dans le centre.

 

  Je suis en compagnie de Thiam dans les locaux de la BRF (radio germanophone), lors d’une action « un autre regard sur les réfugiés ».

 

Un Arc-en-ciel se dessine…

Les heures passées au service de Walther ne suffisent cependant pas à combler entièrement notre ami. Il consacrera son temps libre à coacher l’équipe de foot et à donner des cours de djembé. Il participera également activement à la création du groupe musical Arc-en-ciel dont je parle dans le magazine précédent, et dont il deviendra le percussionniste.

 

Reconnu réfugié !

Thiam passera 8 mois dans le centre avant d’apprendre la nouvelle : En mars 2011, il est enfin reconnu comme réfugié. Il ressent alors un étrange mélange de joie et de tristesse : La joie de pouvoir intégrer la société active, mais aussi la tristesse de quitter ce centre qui l’a si chaleureusement accueilli et pour lequel il s’est dévoué corps et âme… Il a comme une impression de revivre un second exil… C’est sûr, il reviendra !

 

Thiam s’assume !

Thiam trouvera un appartement à Saint-Vith, petite ville toujours en région germanophone, située à une vingtaine de km de Manderfeld. Aussitôt installé, il se mettra à la recherche d’un emploi car assurer son indépendance restera sa principale priorité. Motivé, et muni d’un solide brevet d’études professionnelles, il n’aura aucune peine à trouver du boulot dans un atelier de constructions métalliques à Saint-Vith même.

 

Thiam s’engage comme volontaire bénévole à la C.R.

Lorsqu’il habitait Dakar, Thiam avait son propre atelier de serrurier ajusteur. Aujourd’hui, il travaille pour un patron. Il n’éprouvera aucunes difficultés à le satisfaire entièrement. Son temps libre, il le comblera intelligemment en alliant à la fois passion et générosité : Il organisera des stages d’initiation au djembé, et participera toujours avec le même enthousiasme à diverses activités culturelles, comme « African night » pour n’en citer qu’une. En tant que réfugié lui-même, il aime également participer à diverses campagnes de sensibilisation sur la thématique de l’asile et la migration. Parmi les nombreuses activités auxquelles il s’adonnera, la plus honorable sera certainement celle-ci : Il s’engagera officiellement comme volontaire bénévole au centre de la Croix-Rouge de Manderfeld ! N’avais-je pas dit qu’il reviendrait ? :)

 

Bijoutiers ou griots ?

Au Sénégal, dans le tableau des castes, Thiam est reconnu comme bijoutier. Or, les griots, maîtres incontestés de la parole et de la musique restant détenteurs de l’histoire orale, la pratique de la musique leur reste réservée. Thiam, musicien dans l’âme a donc souffert de cette privation ! Il aborde toutefois le sujet avec un certain humour, car lorsqu’il résidait au Sénégal, il devait se cacher pour taquiner le djembé, loin des yeux de la population, et surtout de ses oreilles ! :)

 

Mariage de cultures.

Ce qui est admirable chez ce garçon humble et modeste, c’est la facilité avec laquelle il se plie aux règles que notre culture impose, et aux coutumes et traditions qu’elle suggère. Tout cela sans renier sa propre culture à laquelle il reste très étroitement lié. De confession musulmane, autant il peut être rigoureux avec lui-même – respect scrupuleux du ramadan entre autre - autant il peut être tolérant envers les autres. Sa participation récente à un office religieux à l’église de Lierneux avait suscité l’admiration de tous. Accompagné de ses compatriotes musiciens, il avait entonné un chant musulman à l’intention des jeunes mariés. Superbe message de tolérance et d’amour de part et d’autre…

 

L’intégration, chose facile ?

Bien sûr, on pourrait écrire un livre contant le parcours de ce sympathique garçon car comme chez tout exilé, à un moment de sa vie, il s’est caché inévitablement une personne en souffrance. Par respect pour sa vie privée et afin de garder un caractère optimiste à cette chronique, je n’ai considéré que l’aboutissement heureux d’une vie aventureuse. Certains lecteurs trouveront peut-être cet article sans grand intérêt, et le parcours de mon ami Thiam plutôt banal. Dans ce cas, c’est admettre que l’intégration est chose facile, or est-ce vraiment le cas ? Une chose est sûre, les clés de l’intégration réussie résident dans la simplicité !

 

Que la paix soit avec toi cher ami

 

Salam alikoum cher ami !

 

Par Robert Rulmont (Duchess Afro Mag) 

 

Last modified on vendredi, 04 décembre 2015 20:22
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