Sibeth Ndiaye : La femme qui parle à l’oreille d’Em­ma­nuel Macron

21 Nov 2017
127 times

A 37 ans, Sibeth Ndiaye conseille le chef de l’Etat pour sa commu­ni­ca­tion. De Dakar à l’Ely­sée, itiné­raire d’une femme puis­sante.

Sibeth Ndiaye a crevé l’écran dans un docu­men­taire diffusé au lende­main de la victoire d’Em­ma­nuel Macron. On la voyait remuer ciel et terre pour son cham­pion. Quelques mois plus tard, nous la retrou­vons dans son bureau de l’Ely­sée. Son job ? Etre dans la tête du Président, rien de moins. Car la conseillère en commu­ni­ca­tion du chef de l’Etat ne se contente pas de simple­ment diffu­ser sa parole. Elle lui fait aussi remon­ter le ressenti des jour­na­listes après chaque dépla­ce­ment impor­tant. Quand ils ne se voient pas, ils échangent par SMS ou par télé­phone, tous les jours. Prudente, la commu­ni­cante efface d’ailleurs immé­dia­te­ment certains messages qui pour­raient se retour­ner contre son auteur. Elle recon­naît que les membres des équipes Macron, qui étaient une poignée au départ, ont déve­loppé une certaine culture du secret. 

Elle répète souvent que, même sur l’écha­faud, elle le proté­ge­rait. Les deux se pratiquent depuis plusieurs années. Après avoir fait ses classes auprès de Claude Barto­lone – qui lui a appris que le culot payait toujours en poli­tique –, la jeune femme a œuvré à la com de Bercy aux côtés d’Ar­naud Monte­bourg. Le fervent défen­seur du made in France, bruta­le­ment remer­cié en août 2014, fut remplacé par un novice, Emma­nuel Macron. Sibeth Ndiaye l’avait rencon­tré alors que l’ex-banquier d’af­faires conseillait François Hollande. Ils se tutoyaient. Il lui demande de l’ac­com­pa­gner dans cette nouvelle aven­ture.

Elle accepte et adopte illico le vouvoie­ment, qu’elle a conservé malgré une proxi­mité intel­lec­tuelle, qui, au fil des mois, ne s’est pas démen­tie. Ils n’ont de toute façon pas besoin de se parler. A la gestuelle du chef de l’Etat ou au moindre chan­ge­ment d’in­to­na­tion de sa voix, Sibeth Ndiaye sait qu’il s’en­nuie ou qu’il est temps de passer à autre chose. Le Président, lui, appré­cie sa person­­na­lité parfois explo­sive. Ses méthodes de puncheuse. La conseillère n’hé­site pas à bous­cu­ler verba­le­ment les jour­na­listes lorsqu’à ses yeux, ils ont choisi les mauvais mots pour décrire l’ac­tua­lité de l’hôte de l’Ely­sée. Cette rigueur langa­gière comme leur amour commun de la litté­ra­ture a forgé une certaine compli­cité.

Cette native de Dakar, qui a vécu au Séné­gal jusqu’à l’âge de quinze ans, a été élevée dans le culte des livres par sa famille. Son père était un cadre du parti du futur président Abdou­laye Wade avant de se recon­ver­tir dans le busi­ness. Sa mère, juge, deve­nue prési­dente du Conseil consti­tu­tion­nel séné­ga­lais, n’était pas en reste pour le respect de la langue. Chez elle, corner une page valait crime de lèse-majesté et signi­fiait un non-respect pour l’au­teur. 

A son arri­vée au lycée Montaigne, l’ado­les­cente fut choquée par l’ar­got utilisé couram­ment par les petits Pari­siens. Elle sourit aujourd’­hui à ce souve­nir et confirme qu’elle a depuis volon­tiers suivi le mouve­ment, elle qui truffe ses conver­sa­tions de « meuf » ou de « mec ». Mais son amour des belles lettres demeure. A Bercy, chaque semaine, la conseillère glis­sait dans l’agenda du ministre un poème qui entrait en réso­nance avec le programme qui l’at­ten­dait. 

A la dispa­ri­tion de sa mère des suites d’une longue mala­die, en 2015, Emma­nuel Macron ne lui a pas fait de longs discours pour la récon­for­ter. Il lui a offert le recueil de Roland Barthes Jour­nal de deuil. Une atten­tion qui a scellé leur confiance mutuelle. La beauté de la langue comme onguent à la douleur, la jeune femme n’en atten­dait pas moins de celui qu’elle sert avec zèle.

S’ils ne sont pas toujours en ligne sur le plan idéo­lo­gique – le Président la surnomme parfois pour plai­san­ter « la gauchiste » – et qu’il arrive que le ton monte entre eux sur certains sujets, des valeurs irré­duc­tibles les rassemblent. (…) ... Retrouver l'article sur Gala

 

© Gala

 

Last modified on mardi, 21 novembre 2017 22:39
Rate this item
(0 votes)

Leave a comment

Make sure you enter the (*) required information where indicated. HTML code is not allowed.

Duchess Afro Mag
21 Grand Rue,
L-9905 Troisvierges Luxembourg
Téléphone : +352 661 730 312
E-mail : info@duchessafromag.lu
Web : http://www.duchessafromag.lu